par Guy Sahri ©
En 1962, Claude Goetz et Jean de Haes créent à Bruxelles en Belgique l'Ecole de Karaté, ancêtre du CNK. En réalité, il s'agit d'un des premiers clubs en Europe où l'on pratique uniquement le Karaté. Claude Goetz et Jacques Delcourt devenu Président et co-fondateur de la World Karate Federation – WKF, s'entraînent à Paris auprès de Tsutomu Oshima, disciple de Ô Sensei Gichin Funakoshi. Les grands maîtres du Karaté mondial comme Taiji Kase, Keinosuke Enoeda, Hirokazu Kanazawa, Hiroshi Shirai et Mitsusuke Harada viennent régulièrement donner cours à l'Ecole de Karaté, souvent appelée Ecole Européenne de Karaté.
Avec la complicité de ses élèves, Tsutomu Oshima met sur pied les premières compétitions, préfigurant le Karaté « moderne » sous ses diverses formes y compris le Full Contact et le Kickboxing. Trois ans plus tard, Claude Goetz doit, à contrecœur, dissoudre l'Ecole de Karaté du fait de ses occupations professionnelles à la radio RTL.
Début 1970, Claude Goetz décide de recrée un club de Karaté à Bruxelles, le Standing Club qui reçoit son label définitif CNK, Centre National de Karaté, quelque six années plus tard. Installé au Centre National des Sports à Ixelles, le CNK devient de plus en plus important et compte jusqu'à 450 pratiquants, sans compter diverses sections à Bruxelles et dans le pays. Le CNK doit même regrouper tous ces clubs au sein de la Fédération Bruxelloise de Karaté – FBK, que rejoignent les clubs de Taekwondo de Yong Kim durant plusieurs années.
Le succès du CNK tient à la personnalité de Claude Goetz et ses méthodes d'entraînement modernes qui donnent peu à peu naissance au « tous styles » et trouvent leur aboutissement dans le Light Contact. Le CNK organise en 1972 le premier championnat de Belgique Open, toutes Fédérations confondues, la Coupe des Espoirs en 1977 et le championnat par équipes en 1979. Sans oublier le premier championnat féminin, les mini-compétitions pour enfants et même une section réservée aux handicapés…
Guy Sahri: Qu’est ce qui vous a poussé à pratiquer et devenir ensuite Professeur d’Art Martiaux ?
Claude Goetz:
Mon passé sportif se composait de Pancrace et de Boxe anglaise, et ce qui m'a intéressé quand j'ai vu le Karaté, c'était les techniques de pieds !... J'ai eu la chance de rencontrer un japonais qui était très doué pour les techniques de jambes, chose très rare à l'époque, le fameux maître Tsutomu Oshima qui venait des USA, et je suis donc devenu son élève…
« J’ai donc travaillé avec eux… »
Guy Sahri: Au début des années 1970, vous créez un club de karaté à Bruxelles, le Standing Club qui reçoit son label définitif CNK. Quelles étaient vos directives à l'époque ?
Claude Goetz:
Dans la foulée de mon entraînement avec maître Tsutomu Oshima, j'ai fait venir les maîtres Taiji Kase, Hiroshi Shirai, Keinosuke Enoeda, Hirokazu Kanazawa et d'autres, chez moi, tout simplement dans ma maison, j'ai donc travaillé avec eux, et j'ai donc créé un club pour eux…
Guy Sahri: En tant que professeur de Jean-Claude Van Vaerenbergh, plus connu sous le nom de Jean-Claude Van Damme – JCVD, vous êtes celui qui l'a révélé dans le monde des Arts Martiaux et du Show-business. Avez-vous eu des regrets par rapport à sa carrière sportive ?
Claude Goetz:
Comme je viens de l’expliquer précédemment, je n'ai pas pu garder tous ces maîtres japonais que j'avais ramenés chez moi, ils sont tous parti dans des pays différents, en Italie, en Afrique du Sud, en Angleterre etc. Donc j'ai vu la possibilité de ce que pourrais faire avec JCVD, je n'ai aucun regret pour ce que j'ai fait de lui. Avec mon expérience pas mal de grands champions s'adressent à moi pour faire du cinéma, la plupart sont même fanatiques de cinéma, d'ailleurs mon ami Dominique Valera a aussi tenté d'en faire, cela semble être un but final, donc je ne peux avoir aucun regret, cela dit JCVD a gagné des combats, a gagné des compétitions, a participé à certaines choses et surtout n'oublions pas qu'il avait entre 15 et 17 ans…
Guy Sahri: Auriez-vous préféré qu'il devienne une personnalité célèbre éminente dans le monde des Arts Martiaux ou plutôt qu’une personnalité du Show-business qui finalement revient à ses sources, son pays, ses racines ?
Claude Goetz:
Le but de tous les champions qui s'adressent à moi est de devenir acteur de cinéma, et donc JCVD a fait ce qu'il fallait faire, et quand bien même maintenant nous allons faire une immense compétition contre Somrak, un super combat, pourtant il a 50 ans, ce sera un exploit mondial, on ne peut pas faire mieux !
« Pour en faire des qualités… »
Guy Sahri: Dans votre enseignement le travail inhérent au mental est-il une priorité ?
Claude Goetz:
(Sourires) Je ne suis pas japonais, mais je suis un scientifique de l'entraînement, et donc pour préparer quelqu'un il faut qu'il soit scientifiquement bien préparé, et s'il est bien préparé de cette façon il aura un moral d'acier…
Si par contre on joue avec les « dopings » en tout genre, on est à côté de la plaque, il n'y aura pas de moral, donc il s'agit d'une préparation physique haute en qualité et en intensité !
Guy Sahri: Comment adaptez-vous votre enseignement par rapport à vos élèves ?
Claude Goetz:
Je suis bien évidement très éloigné du système traditionnel dans lequel on fait 50 coups de poings et 100 coups de pieds, et la fatigue aidant on devient encore plus mauvais qu'au début... J'ai une autre approche, je prends les défauts des pratiquants, je les travaille pour en faire des qualités. Pour résumer ma méthode…
Guy Sahri: Qu'est-ce qui a changé entre le professeur que vous étiez à vos débuts et celui que vous êtes maintenant ?
Claude Goetz:
(Sourires) Le temps a passé mais l'enthousiasme est resté, aucune différence…
Guy Sahri: Que définissez-vous le plus dans vos cours ?
Claude Goetz:
L'efficacité, c'est le réalisme, la réalité de la vie, tout le reste est bidon !
« Être tolèrent… »
Guy Sahri: Quel est pour vous la définition d'un pratiquant de Karaté ou d'Arts Martiaux ?
Claude Goetz:
Quelqu'un qui pratique les Arts Martiaux, devrait avoir une bonne mentalité et une bonne philosophie, ce qui n'est pas toujours le cas, et également être tolèrent !... Beaucoup de pratiquants et professeurs sont très éloignés du but à atteindre et c'est pour cela qu'il faut travailler beaucoup et sans relâche…
Guy Sahri: Continuez-vous à prendre le temps de vous entraîner ?
Claude Goetz:
A l'époque je m'entraînais très intensivement au poids, je levais par jour 74 tonnes et le lendemain 32, 6 jours pas semaine. Aujourd'hui, je m'entraîne un peu moins fort il est vrai, 2h30 par jour et 4h00 d’entraînements « spéciaux » par semaine…
« Je cherche encore la serrure… »
Guy Sahri: Avez-vous eu des regrets par rapport à certains de vos élèves et comment avez-vous vécu ces moments difficiles ?
Claude Goetz:
Le métier d'enseignant, encore que je n'étais pas enseignant à temps plein, bien que je faisait aussi autre chose comme métier, est plein d'amertume, et de désillusions, il faut s'y faire, mais alors, quand on a quelqu'un comme JCVD qui 30 ans après vient encore voir son professeur, et passe 6 mois par ans chez moi à la maison, alors on a tout gagné !
Guy Sahri: Qu’elles ont été pour vous les clés du succès ?
Claude Goetz:
Je ne suis pas sûr d'avoir les clés du succès, d'autres les ont, ceux qui ont réussi, sont de grands champions, ont gagné beaucoup d'argent, font des tas de choses, moi je cherche encore la serrure !...(Rires)
« La vie de tous les jours… »
Guy Sahri: Quel regard portez-vous sur le Karaté « Traditionnel » et le Karaté « Sportif » d'aujourd'hui ?
Claude Goetz:
Le malheur et le danger, et que certains gens ont voulu faire croire qu'il s'agit d'une efficacité redoutable, des espèces de « mythomanes », qui desservent la chose, le Judo par exemple a un peu échappé à cet état d'esprit, quant au Karaté moderne, c'est la vie moderne, la vie de tous les jours, demain il sera complètement dépassé et ainsi de suite, on arrête pas le progrès du monde...
« J’enseignais un Karaté trop moderne… »
Guy Sahri: Pas très loin de chez vous, à Ixelles, Belgique, se trouvent plusieurs enseignants de la Japan Karate Association – JKA dont Messieurs Keiichi Kasajima 6ème Dan et Kazuhiro Sawada 7ème Dan, quelles relations entretenez-vous avec eux ?
Claude Goetz:
En fait, en secret, j'entretenais de très bonnes relations avec le regretté maître Satoshi Myasaki, qui venait chez moi à la maison, j'ai été témoin à son mariage, et malheureusement présent à ses funérailles… Les autres japonais sont aussi venus chez moi en secret, car ils ne pouvaient pas avoir de relations avec moi, j’enseignais un Karaté trop moderne, et donc nos relations devaient être discrètes mais sympathiques, certains ont même combattu à une époque dans mon équipe…
Guy Sahri: Quelle importance accordez-vous à la valeur des « Dan » ?
Claude Goetz:
Quand on est jeune, on rêve d'être ceinture noire, c'est tout à fait normal, quand je l'ai reçue j'étais fou de joie.
« Il ne faut pas les oublier… »
Guy Sahri: Vous êtes amis avec Dominique Valera depuis une 40 d'années pensez-vous organiser de nouveau des Stages ensemble ?
Claude Goetz:
L'époque où l'on faisait des stages ensemble est finie, c'était une époque extraordinaire, nous avions énormément de pratiquants dans nos organisations. Pour moi ce n'est plus le cas aujourd'hui, je travaille plus les individuels, lui autre chose, c'est avec plaisir que l'on ferait encore quelque chose d'extraordinaire, à étudier !
Guy Sahri: Avez-vous suffisamment de temps à consacrer à votre famille ?
Claude Goetz:
J'ai beaucoup d'élèves, ils viennent me visiter pour les fêtes de Nouvel an etc. J'organise au moins un dîner par an, mais aussi pour les anciens, mais j'arrive toujours à m'occuper de ma famille, car il y a des priorités dans la vie, il ne faut pas les oublier…
Guy Sahri: Comment vous voyez vous à l’heure actuelle et dans les prochaines années ?
Claude Goetz:
On ne peut pas décider pour le temps, pour le moment je m'entraîne très régulièrement, je suis en grande forme, mes tests médicaux sont bons si vous voulez le savoir, puis demain sera un autre jour !
« Je ne marche qu'aux sentiments… »
Guy Sahri: Quel est votre conception de la vie ?
Claude Goetz:
Ma conception est simple, je ne marche qu'aux sentiments, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Et surtout pas à l'argent !
« La détermination… »
Guy Sahri: Pour finir je vous invite à répondre à ces 10 questions au fameux questionnaire de l'Actors' Studio et de l’émission française de Bernard Pivot... Vous répondez si vous le souhaitez :
Votre mot préféré ?
Facile.
Le mot que vous détestez ?
Impossible…
Votre drogue favorite ?
La détermination.
Le son, le bruit que vous aimez ?
Un rire cristallin.
Le son, le bruit que vous détestez ?
Les cris de colère.
Votre juron, gros mot ou blasphème favori ?
Tu n’es qu'une lopette !
Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?
La plus jolie possible !... (Rires)
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Politicien.
La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?
Un tigre, un lion.
Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?
Que je n'ai pas fait trop de bêtises…